Lettre autographe signée de Louis Cobenzl à Joséphine

Lettre autographe signée de Louis Cobenzl à Joséphine

Lettre autographe signée de Louis Cobenzl à Joséphine

Dernières acquisitions
Partager
Matière et technique: 
Papier avec filigrane « C.I. Honig » (propriétaires du moulin nommé Herderskind à Zaandijk en Hollande), encre
Origine et date: 
Datée 31 octobre 1797

Cachet de la collection Crawford Bibliotheca Lindesiana

Don de la Société des Amis de Malmaison
Artiste(s): 

Dimensions :

3 pages in-4°

On ne s'étonnera pas que dès 1797, Joséphine reçoive une lettre aussi flatteuse du comte Louis de Cobenzl (1753 - 1809), le négociateur autrichien au traité de Campo Formio, signé le 17 octobre et qu'elle reçoive un présent aussi somptueux, un attelage de chevaux des haras impériaux, que lui fait parvenir l'empereur François II d'Allemagne. Elle est l'épouse du vainqueur d'Arcole et de Lodi, du héros libérateur qui a chassé les Autrichiens du nord de l'Italie et qui l'a recomposée politiquement, et tout au long de son long séjour italien, du 26 juin 1796 au 30 décembre 1797, partout où elle réside, on la traite avec déférence et honneur. Ainsi, ce document est doublement intéressant, d'abord parce qu'il confirme que très tôt Joséphine excelle dans le relationnel, y compris avec les ennemis vaincus, et qu'elle exerce une influence qui sert la politique de Bonaparte, ensuite parce qu'on peut le rattacher, aux remerciements qu'elle adresse en retour à son correspondant et que nous publions à la suite.

 

 

Madame,

 

Vous avez bien voulu me permettre de me rappeler à votre souvenir; c'est avec le plus vif empressement que je saisi la première occasion qui s'en présente. Etant dans le cas d'expédier un courrier à Monsieur le général Bonaparte, j'en profite pour vous faire parvenir la lettre de M. Hue 1, auquel vous avez témoigné des bontés; mais je suis plus intéressé encore à vous répéter combien j'ai été enchanté de faire votre connaissance, combien j'ai su apprécier les bons sentiments dont vous m'avez donné des preuves et dont je n'ai pas manqué de rendre compte ici. Je puis vous assurer que Sa Majesté l'empereur vous en sait tout le gré possible et sera fort aise de saisir les occasions de vous en donner des preuves convaincantes. Cette lettre vous trouvera sans doute plus commodément et plus chaudement logée que vous ne l'étiez à Passeriano; je ne puis cependant m'empêcher de regretter les occasions que j'avais d'être avec vous, et de désirer celles qui peuvent les faire renaître. Je vous prie de me rappeler au souvenir de Madame Berthier2 et de vouloir bien ne pas douter des sentiments d'attachement et de reconnaissance avec les quels j'ai l'honneur d'être, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur, Louis C. Cobenzl

Vienne le 31 octobre 1797

 

P.S. L'empereur ayant cru qu'il pourrait vous être agréable d'avoir un attelage de chevaux de ses haras, Sa Majesté a ordonné qu'il vous en soit amené un le plus promptement que faire se pourra. Elle attend avec impatience le moment de l'échange des ratifications pour pouvoir donner une marque de la bienveillance à Monsieur le plénipotentiaire français, qui, si je ne me trompe pas, est un peu de votre connaissance.

M. le marquis de Gallo3, M. le comte de Merveldt4 et M. le baron de Degelmann5 me chargent de vous présenter leurs hommages. Oserais-je vous prier de rappeler à M. le général Bonaparte l'espoir qu'il a donné à M. le colonel Vincent6, officier distingué de notre armée, de l'aider à recouvrer son bien en France, d'autant que son père s'étant déjà expatrié, et ayant été toute sa vie à notre service, il ne peut être considéré comme émigré. Je vous aurai personnellement beaucoup d'obligation si vous voulez bien vous intéresser pour lui.

 

 

 

 

Au comte de Cobenzl, Milan, 23 brumaire VI (13 novembre 1797) [L.A.S - Vienne, Archives d'Etat, publiée dans la Correspondance de l'impératrice Joséphine, 1782-1814, Paris, Payot, 1996, n° 63, p. 53]

 

J'ai reçu, monsieur l'ambassadeur, la lettre aimable que vous m'avez fait l'amitié de m'écrire: j'aurais bien désiré pouvoir y répondre aussi longuement que je le voudrais, mais j'ai été prévenue trop tard du départ de l'officier que vous m'avez envoyé. Je suis on ne peut plus sensible au présent que veut bien me faire Sa Majesté. Je vous prie d'être auprès d'elle l'interprète de ma reconnaissance. J'ai fait passer à la femme de M. Hue la lettre que vous m'avez envoyée pour elle; soyez persuadé, monsieur l'ambassadeur, que je ferai pour M. Hue tout ce que je sais qui pourra lui être agréable. Je vous le recommande, il mérite vos bontés et votre intérêt. Je ne puis lui écrire pour le moment. Bonaparte fera pour M. Vincent tout ce que vous désirez, il s'en occupera à Rastatt. J'espère, monsieur l'ambassadeur, avoir le plaisir de vous voir dans cette dernière ville et pouvoir vous assurer de vive voix des sentiments d'amitié que vous m'avez inspirés.

 

1 - François Hue (1757 - 1819). Joséphine l'a connu en 1785, à l'époque où elle vivait à Fontainebleau, alors qu'il occupait les fonctions de greffier de la capitainerie des chasses du Roi. Il se rend célèbre en devenant le serviteur de Louis XVI au Temple. Maintenu au secret après l'exécution du roi, il est libéré en 1795 et mandé pour accompagner à Vienne Madame Royale, que le directoire a échangée contre les conventionnels détenus en Autriche. Il a épousé Madeleine-Henriette Hutin.

2 - Giuseppa Carcano, marquise Visconti di Borgorato (1760 - 1840), dont le mari fut l'ambassadeur de la République cisalpine auprès de la France de 1797 à 1802; Très considérée à Milan, elle inspira un grand amour à Berthier.

3 - Marzio Mastrilli, marquis de Gallo (1753 - 1833), diplomate napolitain, ambassadeur de son roi à la cour de Vienne, il participe pour le compte de l'empereur aux négociations de Leoben et Campoformio.

4 - Johann Gabriel marquis von Merveldt de Courelles (1763 - 1825), natif de Mons dans les Pays-Bas autrichiens, étudie à Metz et à Vienne, participe à la dernière guerre austro-turque (1788-1791). De 1792 à 1794, il sert dans le génie; en 1795, il gagne ses galons de colonel en libérant Mayence; en 1797, il participe aux négociations de paix avec Bonaparte, tant à Loeben, Campoformio que Rasttat.

5 - Ignace Degelmann, colonel baron, ambassadeur autrichien à Bâle, membre de la délégation autrichienne chargée de négocier le traité de Campoformio.

6 - Nicolas-Charles, baron de Vincent (1757 - 1834), noble lorrain attaché à la Maison d'Autriche, colonel, adjudant-général de cavalerie, membre de la commission militaire nommée par l'empereur, en 1798 pour "ramener aux principes de leur constitution" les troupes impériales, aide de camp de l'empereur, il participe aux négociations de Loeben.