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Un si beau jardin

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Un si beau jardin

Château de Malmaison
Avenue du château de Malmaison
92500 Rueil Malmaison
FR
Tout public
Christophe Pincemaille, attaché à la conservation du musée national du château Malmaison, vous propose de parcourir les allées du jardin de l'Impératrice et de découvrir la passion de Joséphine pour la botanique.

 

Joséphine et la botanique descriptive ou comment décrire des « plantes modestes et bienfaisantes qui semblent ne s’élever que pour répandre autour d’elle une influence aussi douce que salutaire ».

 

par Christophe Pincemaille, chargé d'études documentaires principal,

attaché à la conservation du musée national du château de Malmaison.

 

Au printemps 2018, le musée national du château de Malmaison ouvrait exceptionnellement les portes de l’Orangerie du parc de Boix-Préau, avec une exposition intitulée, Malmaison, un jardin d’expérience. Au milieu des orangers en fleurs, le public était invité à découvrir la collection de plantes rares constituée par le service des jardins à partir des inventaires anciens.

Son objet visait également à faire connaître le travail accompli chaque jour, dans le respect des traditions, par les jardiniers du domaine, qu’on doit considérer comme les dignes héritiers de ceux qui avaient fait du rêve d’exotisme de Joséphine une réalité sous le ciel de l’Île de France.

Depuis lors, l’idée que les jardins et les parcs nationaux sont également des conservatoires des savoirs et des gestes horticoles, et pas uniquement des lieux de promenade bucolique, a fait son chemin et nous revient cette année comme thème officiel de l’édition 2020 de Rendez-vous au jardin.

 

A Malmaison, pendant près de quinze années, entre 1800 et 1814, Joséphine s’est livrée à la botanique avec une passion sans limite dans le but de recréer l’environnement naturel de son enfance martiniquaise. A cause de ses origines créoles, son jardin serait exotique, ce qui convenait parfaitement au goût de son siècle.

Dans la démarche qui l’animait, il faut distinguer entre sa curiosité intellectuelle, qui était réelle, et ses réminiscences de jeune fille venue des îles. Afin d’y acclimater notamment des plantes de l'Amérique (sous-entendre des Antilles), elle sollicita les plus éminents représentants de la communauté scientifique. En effet, aucun particulier n'aurait été en mesure de mobiliser les moyens financiers, techniques et humains dont elle seule, grâce à la position qu’elle occupait, pouvait disposer. Elle sollicitait les ministres et leurs administrations, quand ceux-ci, faisant leur cour, ne devançaient pas ses appels. Elle ne se gênait pas pour prélever dans les collections publiques des spécimens remarquables pour enrichir ses propres serres. Elle avait compris qu'elle ne parviendrait à rien sans l'appui des professeurs du Muséum national d'histoire naturelle, ni sans la contribution des voyageurs naturalistes partis explorer les nouveaux mondes ou sans l'implication des agents diplomatiques de la France à l’étranger.

Toutefois, le jardin de Malmaison, parce que Joséphine l’a voulu comme un jardin d’agrément, n'était pas un lieu d'herborisation, au sens strict du terme. En effet, il n’était pas exclusivement dédié à l'observation et à l'étude des plantes ; le plaisir des sens y trouvait d’abord son compte. On herborisait avec application au Jardin des plantes de Paris, de même qu’on avait herborisé à Trianon au temps de la marquise de Pompadour, où les plantes étaient arrangées avec méthode, selon les systèmes de Tournefort ou de Jussieu. En revanche, à Malmaison, il semble qu’on les cultivait sans grand souci de leur classement, hormis peut-être sous les bâches de la serre chaude, mais leur configuration intérieure nous est trop mal connue pour qu’on puisse l’affirmer avec certitude. Le jardin de l'impératrice se définit comme un lieu de délices plutôt que comme un lieu du savoir.

Joséphine s’est sans doute essayée à une habile synthèse entre son désir presque hédoniste de transformer sa terre de Malmaison en une petite Amérique et la nécessité, pour parvenir à ses fins, de respecter les méthodes des botanistes. En effet, les noms des plus éminents d’entre eux, Charles François Brissau de Mirbel (1776-1854), Pierre Ventenat (1757-1808) ou Aimé Bonpland (1773-1858), sont étroitement associés à son jardin, au même titre que les architectes paysagistes Jean-Marie Morel (1728-1810) ou Louis Martin Berthault (1770-1823) qui l’ont successivement aménagé. Ces savants ont laissé des travaux scientifiques qui demeurent également attachées à la mémoire de ce lieu.

Malmaison n’était donc pas qu’une pure folie princière ; l’impératrice y poursuivait parallèlement un autre objectif, moins égoïste et plus conforme au trône qu’elle occupait. Dès le consulat, Napoléon avait compris la nécessité d’associer le nom de Joséphine à la recherche botanique, puisqu’elle semblait se passionner pour elle, et l’intérêt de la poser en protectrice de cette discipline. Comme elle avait le goût des fleurs et des plantes, elle se prit au jeu. Elle finit même par acquérir de solides rudiments en la matière, chose que ses visiteurs ne manquaient jamais de souligner, tant ces connaisances étonnaient dans la bouche d’une dame, de surcroît d’une souveraine.

La nomination de Mirbel à la direction de son jardin (1803 - 1806), puis d'Aimé Bonpland à l'intendance de ses domaines (1808 - 1814), procédait de cette volonté, qui valait  autant pour la publicité du geste que pour sa contribution effective au savoir scientifique. Leur participation au projet de Joséphine fait-elle pour autant de Malmaison un centre d'expérimentation ou un laboratoire entièrement dédié à ce dessein? Nous sommes très réservé sur ce point. En effet, l'importance que Mirbel et Bonpland ont accordé à leurs fonctions entretient la confusion sur la finalité de leurs efforts, qui étaient d’abord de répondre aux attentes de l’impératrice. Ils ont surtout utilisé leur poste comme un tremplin, dans l’espoir d’obtenir la reconnaissance de leurs confrères. Mais indéniablement, en rassemblant les collections qu’ils y ont constituées, ils ont assis la réputation de Malmaison parmi les amateurs de plantes rares, échangeant des graines, des plants ou des informations avec Candolle (1778-1841), de La Roche (1782-1814) ou Alire Raffeneau-Delille (1778-1850. Cependant ils eussent prétendu en vain égaler le Muséum d’histoire naturelle de Paris ou d’autres institutions au moins aussi illustres.

En revanche, s'il est un domaine où l'apport de Joséphine au savoir s'impose sans restriction, c'est bien celui de la botanique descriptive. Le soutien financier et l'implication personnelle qu'elle apporta à la publication des ouvrages de Ventenat et de Bonpland, justifie pleinement sa réputation de mécène éclairée. Avec un total de 184 planches, Le Jardin de Malmaison, paru entre 1803 et 1805, suivi de la Description des plantes rares qu’on cultive à Navarre (domaine situé aux portes d’Evreux, donné à Joséphine par l’empereur au lendemain du divorce et qu’il avait érigé pour elle en duché grand fief) et à Malmaison (1812-1817) ne couvraient pas, loin s’en faut, l’ensemble de sa collection. Mais leurs auteurs s’en étaient tenus aux spécimens les plus exceptionnels, dont certains fleurissaient pour la première fois en Europe. Ainsi, dans bien des cas, ils ignoraient d’avance la couleur ou la forme que prendrait la fleur dans son plein épanouissement et ils procédaient par analogie pour décrire son parfum. Dans le même temps, Redouté et ses collaborateurs étaient convoqués à chaque étape de la croissance des plantes pour en reporter des dessins précis, exécutés avec une maîtrise technique et un sens de l’observation qui étonnent encore deux siècle après, parce que malgré leur réalisme époustouflant, leurs planches sont d’authentiques chefs d’œuvres.

Ventenat se tua littéralement à la tache et, à sa mort en août 1808, il laissa une œuvre inachevée. Bonpland prit le relai, mais ses fonctions d’intendant des domaines de l’impératrice l’absorbaient trop pour qu’il puisse se consacrer pleinement à son travail de botaniste. Il dut se contenter d’ajouter soixante-quatre nouvelles planches aux cent vingt déjà existantes, qu’avait publiées son prédécesseur.

Aussi incomplets que soient ces deux ouvrages au regard de la collection de plantes rassemblée par Joséphine dans ses serres, ils sont néanmoins en tous points remarquables et demeurent des monuments dans leur discipline. Sans le patronnage de l’impératrice et les fonds considérables qu’elle seule pouvait engager dans une telle affaire, parce que l’exécution des dessins, la garvure et l’impression des planches coûtaient fort cher, cette entreprises éditoriale n’aurait jamais vu le jour. Sans elle, bien des informations, capitales pour l’histoire de la botanique, seraient aujourd’hui perdues.

 

A propos de la botanique descriptive, il nous a paru intéressant de reproduire en conclusion deux extraits d’une étude publiée par Monsieur Christian Jouanin (1925-2014), sous le titre « La passion de la nature ou Joséphine amateur et mécène des sciences de la nature » , dans le catalogue de l’exposition L’impératrice Joséphine et les sciences naturelles, dont il assura par ailleurs le commissariat général (Malmaison, 29 mai – 6 octobre 1997, Editions de la Réunion des musées nationaux, pp. 28-29) :

 

«  Les Publications

 

Les événements politiques et familiaux ont ruiné et dispersé les collections de Malmaison, mais des publications somptueuses ont assuré l’immortalité à l’immense travail botanique qui s’est fait sous les auspices de Joséphine.

De 1803 à 1805, Ventenat publia son Jardin de la Malmaison en vingt livraisons de six planches chacune, planches dessinées et peintes par P. J. Redouté. La valeur artistique de ces ouvrages éclate aux yeux de quiconque a le privilège de les feuilleter, mais il faut insister aussi sur leur intérêt scientifique : traités luxueusement au point de vue de la gravure et de l’édition, ils l’étaient aussi dans un esprit de grande rigueur au point de vue du dessin des plantes et de leur description. Les aquarelles de Redouté sont de véritables études de botanique, d’une précision et d’une exactitude exemplaires. L’extraordinaire aisance de cet artiste qui savait exprimer son tempérament malgré son étroite soumission au modèle lui assure la première place parmi les peintres de plantes.

Après la mort de Ventenat, l’œuvre fut poursuivie par Aimé Bonpland qui fait paraître, en onze livraisons, de 1812 à 1817, une Description des plantes rares que l’on cultive à Navarre et à Malmaison, soixante-quatre planches in-folio, dont dix d’après les peintures de Pancrace Bessa (1772-1835), toutes les autres d’après des aquarelles de Redouté encore.

Deux autres ouvrages doivent encore être mentionnés. Les Liliacées de Redouté comprennent quatre cent quatre-vingt-six planches. Leur publication par livraisons s’étendit de 1802 à 1816. Sous ce titre sont groupées non seulement les Liliacées au sens où l’entendent les botanistes aujourd’hui mais toutes les monocotylédones à fleurs brillantes, c’est-à-dire aussi les Iridacées, Amaryllidacées, Cannacées, etc. Le texte non signé est dû aux botanistes Augustin Pyramus de Candolle, François de La Roche , Alire Raffeneau-Delille. Les aquarelles originales de Redouté étaient la propriété de Joséphine et figuraient dans la biblithèque de Malmaison. Elles échurent au prince Eugène et furent conservées dans sa descendance au château de Seeon en Bavière jusqu’à la vente de la bibliothèque des ducs de Leuchtenberg en mai 1935 à Zurich. Elles ont réapparu récemment pour une autre vente aux enchères à New-York en novembre 1985.

Enfin, au début de la Restauration, Redouté entreprit la publication des Roses qui comprendront trente livraisons s’échelonnant de 1817 à 1821. Cet ouvrage célèbre et populaire, dont Redouté lui-même dirigea plusieurs éditions, et qui fut maintes fois partiellement reproduit, est donc postérieur à Joséphine, mais il est juste de l’attribuer à son mécénat, car le livre avait été commencé bien plus tôt et des dessins avaient été commandés par elle. Les roses occupèrent une place de choix dans le jardin de Malmaison. Joséphine voulut y rassembler toutes les espèces et variétés horticoles qui étaient connues de son temps : la collection de Malmaison en compris plus de deux cent cinquante et marque dans l’histoire d’une fleur, qui jusqu’alors avait été négligée par les amateurs de jardins, le début de sa gloire.

 

Joséphine et la nomenclature botanique

 

D’une impératrice qui aima fort la botanique et encouragea avec tant de ferveur le travail des botanistes, il n’était que trop juste que la nomenclature scientifique retint le nom. On n’a pas manqué, bien sûr, au début du XIXème siècle de dédier à elle-même et à son illustre époux Napoléon Bonaparte des genres et des espèces nouvelles.

Dès 1802, les naturalistes espagnols Hipolito Ruiz Lopez et José Antonio Pavon, dans leur Flora Peruviana et Chilensis, créaient une Lapageria rosae dont l’appellation est doublement heureuse puisqu’après le nom de genre tiré du patronyme de Joséphine, le nom d’espèce fait allusion à son prénom de naissance : Rose. La Lapageria rosae Ruiz et Pavon, de la famille des Philésiacées, liane magnifique aux fleurs éclatante, une des splendeurs de la végétation des Andes, un des bijoux de l’horticulture, est la fleur nationale du Chili.

La nomenclature a retenu aussi la Josephinia imperatricis au nom glorieux – beaucoup plus glorieux que l’aspect même de la plante, qui est peu brillante - , que Ventenat a consacré à Joséphine avec une dédicace touchante de son Jardin de Malmaison. Elle provenait de graines rapportées de la Nouvelle-Hollande par le capitaine Hamelin, c’est-à-dire d’Australie par la corvette le Naturaliste en 1803. « Si dans le cours de cet ouvrage, je viens à décrire quelqu’une de ces plantes modestes et bienfaisantes qui semblent ne s’élever que pour répandre autour d’elle une influence aussi douce que salutaire, j’aurai bien de la peine, Madame, à me défendre d’un rapprochement qui n’échappera point sans doutes à mes lecteurs. » Le compliment est joliment tourné ! Ventenat a dû regretter de n’avoir pas trouvé dans les récoltes du « Voyage aux terres australes » une espèce nouvelle aussi resplendissante que la Lapageria !

Il appartenait à Redouté d’avoir cette chance avec l’Amaryllis Joséphine, aujourd’hui Brunsvigia Josephinae, qu’il dessina et décrivit en 1813. »

 

 

            Christophe Pincemaille

            Mai 2020


Le podcast de Malmaison : "Un si beau jardin" par Christophe Pincemaille

Malmaison Podcast Juin 2020 "Un si beau jardin"

 


Le diaporama Un si beau jardin

Ventenat Plantes de Malmaison Planches de Redouté

 


 

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