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Acquisitions majeures

En 2024, quatre pièces exceptionnelles ont rejoint les collections du musée national des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau.

Antoine-Jean Gros (1771-1835)
Esquisse pour Bonaparte distribuant un sabre d’honneur après la bataille de Marengo
1801
Huile sur toile
Hauteur : 42 cm ; Longueur : 33 cm

Esquisse - Bonaparte distribuant un sabre d'honneur après la bataille de Marengo Antoine-Jean Gros est probablement le peintre qui a le plus compté dans la construction politique et le mythe de Napoléon Bonaparte.

En 1801, le Premier Consul lui commanda un tableau qui figura au Salon de 1802 sous le titre ci-dessus (voir l'article sur sa restauration sur ce site) ; l’esquisse peinte, d’un intérêt majeur, a été acquise par le musée en 2024. Elle illustre un aspect de l’idéologie militaire de l’époque : Bonaparte avait créé des décorations et distinctions afin de stimuler les soldats méritants.

Cette esquisse possède des qualités rubéniennes propres au tempérament de Gros : virtuosité et nervosité de la touche, éclat du coloris, dynamique de la composition. Par-delà sa valeur artistique, le grand intérêt de cette œuvre pour Malmaison réside dans les déplacements opérés par le peintre dans la composition finale, terminée un an plus tard. Celle-ci ne montre plus le geste de Bonaparte : le sabre d’honneur a déjà été décerné ; il est porté par le grenadier. Le tableau se présente avant tout comme un portrait équestre, le buste dominant désormais l’encolure du cheval, sur un fond plus neutre. Or, entre l’esquisse et le tableau, il se produisit deux événements : la Légion d’honneur fut instituée le 29 mai 1802 et les armes d’honneur étaient donc vouées à disparaître ; d’autre part, la paix d’Amiens (25 mars 1802), puis le Concordat (8 avril) permirent à Bonaparte d'acquérir une immense popularité. Le plébiscite qui suivit lui permit d’accéder au Consulat à vie.

Ainsi, le passage d’un sujet largement militaire à un portrait équestre témoigne de l’évolution politique qui se produisit au cours de l’année 1802. Gros conserva le titre donné en 1801 au Salon de 1802, mais le participe présent (« décernant ») n’est plus compréhensible : il ne se conçoit que si l’on connaît l’esquisse préparatoire, ce qui se produit avec cette acquisition exceptionnelle qui a mobilisé le Fonds du patrimoine.

 

Anonyme
Projet pour le tombeau de l'impératrice Joséphine
Vers 1820-1825
Plume et encre de chine, lavis brun et aquarelle
Hauteur : 31,7 cm ; Longueur : 25,3 cm

Projet Tombeau de Joséphine, par Garneray Le musée du château de Malmaison possède plusieurs projets de tombeaux de Joséphine, qui décéda le 29 mai 1814. Ses enfants lancèrent en effet quelques années plus tard une consultation pour l’édification d’une sépulture et le musée a pu assembler au fil du temps des feuilles témoignant de propositions faites par les architectes Jean-Baptiste Auguste Labadye, Louis-Martin Berthault, Leo von Klenze et le sculpteur Pierre Cartellier.

Le dessin récemment acquis et dont l’attribution reste à trouver se signale par son caractère dramatique : avec la main et le flambeau sortant du vantail et les attitudes très expressives de déploration, il ressemble plus à l’imagination d’un artiste qu’à un projet d’architecte. La composition fait penser au genre du « tableau vivant » dans lequel les figures prennent la pose ; c’est ce qui fait son originalité. Le fort contraste entre le monument très clair et le fond sombre évoque tant l’atmosphère funèbre que la scène de théâtre.

L’intérêt de ces projets de tombeau pour le musée réside aussi dans l’importance de la thématique : la présence du tombeau dans l’église Saint-Pierre-Saint-Paul tisse un lien entre le domaine de Malmaison/Bois-Préau et le territoire de Rueil ; l’église paroissiale est devenue la nécropole de la famille avec, outre le tombeau de Joséphine, celui d’Hortense et de Robert Tascher de la Pagerie.

 

Jean-Baptiste Isabey (1767-1855)
Portrait d'Hortense de Beauharnais accoudée sur son genou, devant un paysage de forêt
Vers 1805-1807
Aquarelle et gomme arabique sur ivoire, de forme ovale
Hauteur : 6,3 ; Longueur : 5 cmHortense de Beauharnais accoudée sur son genou, par Daniel SAINT

Daniel Saint fut l'un des meilleurs miniaturistes de son temps et portraitura à plusieurs reprises les Beauharnais et des membres de la famille Bonaparte. Cette acquisition comble une lacune car le musée ne possédait aucun portrait en miniature d'Hortense. Il est remarquable par la vue de face du visage, qui permet d'apprécier toute la figure, légérement idéalisée, et la vue de trois-quarts du modèle, rare dans les miniatures.

Le jeu de courbe et contre-courbe des bras, en congruence avec le format ovale et de façon générale, l'accent mis sur la rondeur, sensible dans la forme du visage ou la ligne du dos, donnent saveur et féminité à l'ensemble. La simplicité était un trait de personnalité d'Hortense : aucune parure ne détourne le regard. L'inscription du modèle dans un paysage, peu fréquente et que l'on trouve plus volontiers dans des miniatures de grand format renforce le goût d'Hortense pour la simplicité, la nature, et enrichit l'expression du regard. Le cadre en vermeil délicat à décor végétal parait avoir été conçu pour la miniature.

L'œuvre est peut-être passée entre les mains de Napoléon III.

 

Anne-Louis Girodet (1767-1824)
Le paradis d'Ossian accueil un héros
Vers 1801
Crayon, encre de Chine, lavis sépia, rehauts gouache sur papier raboutés
Hauteur : 23,1 ; Longueur : 30,8 cm

Le paradis d'Ossian accueil un héros, par Girodet Ossian hantait déja Girodet lors de son séjour de formation en Italie (1790-1795). Le dessin fait partie d'un ensemble de feuilles sur ce thème exécuté par l'artiste durant la première décennie du XIXe siècle en vue d'un recueil lithographique (qui ne vit pas le jour). Leur format est semblable et leur technique pîcturale véhicule le caractère fantomatique du monde des âmes : la gouache blanche forme un voile quand elle est appliquée en lavis dilués et dégage les formes lorsqu'elle est posée en matière épaisse au pinceau. Ce dessin est le seul à pouvoir être rapproché de l'esquisse peinte du Louvre, qui a dû lui succéder, puis du tableau final, L'Apothéose des héros français morts pour la patrie pendant la guerre de la liberté commandé par l'architecte Fontaine pour Malmaison en 1801.

Plutôt qu'un dessin préparatoire, cette première pensée annonce le thème du héros mort reçu dans l'Olympe nordique, ici par le roi Fingal et ses guerriers, entourées par de gracieuses jeunes filles nues ou vétues de longues tuniques flottantes - que l'on retrouve dans le tableau final - tandis qu'Ossian et un autre vieillard jouent de la harpe.

La grande orginalité de la peinture est donc déjà à l'œuvre dans le dessin : dans un esprit romantique, Girodet mêle le rêve à la réalité, l'univers poétique d'Ossian et l'histoire de France, une double thématique qui ne devait pas laisser Bonaparte indifférent.