Anciennes acquisitions
Retrouvez les œuvres acquises par le musée national des Châteaux de Malmaison et de Bois-Préau.
Les objets
Dessin
Le Paradis d'Ossian accueille un héros
Un dessin préparatoire pour une œuvre majeure. Le musée national du château de Malmaison conserve dans ses collections un tableau important d’Anne-Louis Girodet, l’une des premières expressions du romantisme en peinture. Commandée en 1800 pour orner le salon (ou salon doré) de la demeure du couple Bonaparte, L'Apothéose des héros français morts pour la patrie pendant la guerre de la Liberté traduit le renouvellement des thèmes mythologiques : les principaux généraux morts au combat pendant les guerres révolutionnaires sont accueillis par le barde Ossian dans le paradis d’Odin. Les poèmes lyriques de l’écossais James Macpherson recueillis dans Les chants d’Ossian constituent un sujet apprécié de Napoléon qui les a lus dans une version italienne. Dans cette traduction en image du mythe celtique, la fiction rejoint l’histoire contemporaine : au premier plan, accédant au royaume gaélique, figurent les généraux morts récemment en Italie et en Egypte. Cette peinture à l’huile sur toile a été conçue en pendant d’Ossian évoque les fantômes au son de la harpe, par Gérard. La commande s’inscrit dans la campagne de travaux d’aménagement et de décoration de la résidence privée de Napoléon et Joséphine Bonaparte menée par Percier et Fontaine. Un témoignage de la genèse de l’œuvre peint. Présentée au Salon de 1802, L'Apothéose des héros français morts pour la patrie est le manifeste d’une esthétique hors norme : le tableau rompt avec le classicisme de David chez qui Girodet s’est formé. Son style, comme sa composition, procèdent de recherches dont témoignent les dessins inspirés par le texte d’Ossian. Le paradis d’Ossian accueille un héros est une œuvre graphique particulièrement intéressante par son iconographie – la rencontre entre la réalité et le mythe – et parce qu’elle exprime la gestation de ce renouveau formel : la précision et l’expressivité du trait sont tempérés par l’aspect laiteux du lavis traité en grisaille afin de traduire l’immatérialité du monde des âmes ; les bandes de papier vergé raboutées sur la feuille principale – montage de l’artiste – expriment ses hésitations. Resté dans la descendance de l’exécuteur testamentaire de Girodet, ce lavis est à la fois une œuvre et un document pour la compréhension du processus de création.
Sculpture
Buste de Napoléon-Charles Bonaparte (1802-1807)
Signé et daté : P.Cartellier / 1805
Non localisé depuis près deux siècles, le portrait du fils aîné d’Hortense de Beauharnais et de Louis Bonaparte exécuté par leur sculpteur attitré avait été commandé par l’impératrice Joséphine. Napoléon-Charles, aîné des petits-fils par alliance de Napoléon Ier, était présumé à sa naissance pouvoir figurer comme héritier de l’Empereur. Cet exemplaire est déclaré achevé en mars 1807 dans une correspondance de Vivant Denon à l’Impératrice. L’enfant décéda de la maladie du croup le 7 mai. Cette fin prématurée pourrait expliquer la présence de la couronne de laurier mais elle a aussi pu être posée d’emblée, en signe de dignité princière ; l’alliance du marbre et du bronze doré n’était pas rare à l’époque néoclassique.
Huile sur toile
Bonaparte, nouveau à l'Ecole de Brienne ; octobre 1779
c.1887 ; signé en bas à droite
L’intérêt du peintre pour Bonaparte pourrait venir de son grand-père, qui acquit l’hôtel Bonaparte de la rue de la Victoire. Le tableau met en scène la marginalité du jeune Bonaparte, entré à l’âge de dix ans à l’école royale militaire de Brienne. Raillé par ses condisciples pour son accent et ses fautes de langage, la différence est rendue par le contraste des vêtements et des expressions. Avec le souci naturaliste de son temps, Réalier-Dumas a restitué des uniformes et une architecture plausibles ; la composition est très maîtrisée, jouant du proche et du lointain, du flou et de la précision. La période de Brienne-le-Chateau fut souvent considéré comme le creuset de la carrière de Napoléon.
aquarelle gouachée
Bouquet de roses
an XII (1804)
Le goût de Joséphine pour la botanique et la peinture de fleurs est bien connu. Si elle appréciait tout particulièrement le fameux Pierre-Joseph Redouté, l’Impératrice n’hésita pas à faire appel à d’autres artistes à l’image d’Anne Vallayer-Coster, pourtant plus associée à l’Ancien Régime. Exposés au Salon de 1804, ce Bouquet de roses et son pendant, Le Bouquet de reines-marguerites, avaient été peints pour elle et figurent dans l’inventaire de Malmaison dressé en 1814. Echu à la reine Hortense, Le Bouquet de reines-marguerites se trouve aujourd’hui dans sa maison d’Arenenberg, en Suisse. Le Bouquet de roses fut attribué à Eugène et vendu par sa veuve en 1829. L’œuvre a été préemptée par Malmaison en 2017.
Vaisselle
Assiette allégorique : Naissance de Napoléon Ier
vers 1850-1860 Don de Maître Jacques Rossi, administrateur de la Société des Amis de Malmaison, 2016
L’arrivée au pouvoir de Louis-Napoléon Bonaparte, en décembre 1848, puis son accession au trône quatre ans plus tard relancèrent l’imagerie napoléonienne. Celle-ci s’était déjà développée sous le règne de Louis-Philippe, et tout particulièrement depuis le Retour des cendres, diffusée notamment sous la forme de séries d’assiettes fabriquées par des manufactures de faïence fine telles celle de Creil et Montereau. Cette assiette a fait partie, comme l’indique le numéro 1 sur la face, d’une série consacrée à la vie de Napoléon Ier (une série complète qui compte douze assiettes est conservée au Musée napoléonien de l’île d’Aix ; inv. MG 242). La naissance de Napoléon est figurée de façon symbolique : Minerve avec un aigle à ses pieds désigne le berceau où repose nu le futur empereur surmonté d’une étoile. À l’arrière-plan une pyramide d’Égypte, Moscou en flamme et l’arc de triomphe de Paris évoquent ses campagnes. La bordure chantournée de l’assiette est ornée d’une guirlande de fleurs (roses, tulipes et pensées) qui n’a qu’un rôle décoratif. On la retrouve identique sur la série de l’île d’Aix. D’autres séries possèdent des bordures évoquant plus directement Napoléon et l’Empire.Le succès de ces séries fut encouragé par la fabrication d’une nouvelle pâte qui avait été mise au point par la manufacture. Cette pâte, appelée « porcelaine opaque », nom donné en France à une faïence dure dite pétro-cérame, voisine de la porcelaine, valut à la manufacture de Creil et Montereau les louanges du jury et une médaille d’or à l’Exposition des produits de l’Industrie de 1844. La marque au dos de l’assiette permet de la dater des années 1849 à 1867, époque à laquelle la manufacture avait pour raison sociale Lebeuf Milliet et Cie (LM et Cie), du nom de ses propriétaires. Malmaison possède une belle collection de ces assiettes qui ont fait l’objet d’une exposition en 1995 (Au service de l’Épopée : des assiettes pour l’Empereur) et que vient enrichir celle qui nous est donnée.
Livre
Dictionnaire abrégé des hommes célèbres de l’antiquité et des temps modernes, ouvrage propre à instruire les jeunes gens
Tome premier Don de Philippe Segal, secrétaire de la Société des Amis de Malmaison, 2016
Les marques « Malmaison » en lettres dorées sur le premier plat de cet ouvrage et les initiales « PB » en queue de dos témoignent de sa présence dans la bibliothèque ancienne de Malmaison constituée aussi bien d’ouvrages anciens que modernes. Ce don généreux vient donc compléter la reconstitution progressive des rayonnages sur lesquels environ 500 des 4.500 ouvrages d’origine ont pu être replacés.
Peinture
Procession de la Fête-Dieu dans un village
Vers 1804 ?
Exposé au Salon de 1808, la Procession de la Fête-Dieu dans un village est acheté par l’impératrice Joséphine avec son pendant, la Foire de village, et envoyé à Malmaison. Les deux tableaux sont mentionnés dans le catalogue de sa collection, imprimé en 1811, et dans son inventaire après décès, dressé en 1814. Lors du partage, le prince Eugène reçoit la Foire de village, aujourd’hui perdue, tandis que la reine Hortense emporte la Procession dans son exil de Constance. Vendue à une date indéterminée, l’oeuvre n’a pas fait partie des collections de Napoléon III. Le sujet témoigne de la nouvelle paix religieuse offerte par le Concordat : bourgeois et paysans se mêlent à la procession, protégée par des soldats en armes, tandis que des chasseurs se sont par respect arrêtés au bord de la route. Sous le reposoir, autel provisoire, se trouve une copie de la Vierge à la chaise de Raphaël, ce qui témoigne de la grande popularité de l’oeuvre et de l’artiste au début du XIXe siècle. La statue d’évêque, probablement saint Nicolas, figure dans une niche de style gothique, ce qui rappelle le regain d’intérêt de l’époque pour le Moyen Âge.
Manuscrit
Lettre autographe signée de Louis Cobenzl à Joséphine
Datée 31 octobre 1797 Cachet de la collection Crawford Bibliotheca Lindesiana Don de la Société des Amis de Malmaison
On ne s'étonnera pas que dès 1797, Joséphine reçoive une lettre aussi flatteuse du comte Louis de Cobenzl (1753 - 1809), le négociateur autrichien au traité de Campo Formio, signé le 17 octobre et qu'elle reçoive un présent aussi somptueux, un attelage de chevaux des haras impériaux, que lui fait parvenir l'empereur François II d'Allemagne. Elle est l'épouse du vainqueur d'Arcole et de Lodi, du héros libérateur qui a chassé les Autrichiens du nord de l'Italie et qui l'a recomposée politiquement, et tout au long de son long séjour italien, du 26 juin 1796 au 30 décembre 1797, partout où elle réside, on la traite avec déférence et honneur. Ainsi, ce document est doublement intéressant, d'abord parce qu'il confirme que très tôt Joséphine excelle dans le relationnel, y compris avec les ennemis vaincus, et qu'elle exerce une influence qui sert la politique de Bonaparte, ensuite parce qu'on peut le rattacher, aux remerciements qu'elle adresse en retour à son correspondant et que nous publions à la suite. Madame, Vous avez bien voulu me permettre de me rappeler à votre souvenir; c'est avec le plus vif empressement que je saisi la première occasion qui s'en présente. Etant dans le cas d'expédier un courrier à Monsieur le général Bonaparte, j'en profite pour vous faire parvenir la lettre de M. Hue 1, auquel vous avez témoigné des bontés; mais je suis plus intéressé encore à vous répéter combien j'ai été enchanté de faire votre connaissance, combien j'ai su apprécier les bons sentiments dont vous m'avez donné des preuves et dont je n'ai pas manqué de rendre compte ici. Je puis vous assurer que Sa Majesté l'empereur vous en sait tout le gré possible et sera fort aise de saisir les occasions de vous en donner des preuves convaincantes. Cette lettre vous trouvera sans doute plus commodément et plus chaudement logée que vous ne l'étiez à Passeriano; je ne puis cependant m'empêcher de regretter les occasions que j'avais d'être avec vous, et de désirer celles qui peuvent les faire renaître. Je vous prie de me rappeler au souvenir de Madame Berthier2 et de vouloir bien ne pas douter des sentiments d'attachement et de reconnaissance avec les quels j'ai l'honneur d'être, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur, Louis C. Cobenzl Vienne le 31 octobre 1797 P.S. L'empereur ayant cru qu'il pourrait vous être agréable d'avoir un attelage de chevaux de ses haras, Sa Majesté a ordonné qu'il vous en soit amené un le plus promptement que faire se pourra. Elle attend avec impatience le moment de l'échange des ratifications pour pouvoir donner une marque de la bienveillance à Monsieur le plénipotentiaire français, qui, si je ne me trompe pas, est un peu de votre connaissance. M. le marquis de Gallo3, M. le comte de Merveldt4 et M. le baron de Degelmann5 me chargent de vous présenter leurs hommages. Oserais-je vous prier de rappeler à M. le général Bonaparte l'espoir qu'il a donné à M. le colonel Vincent6, officier distingué de notre armée, de l'aider à recouvrer son bien en France, d'autant que son père s'étant déjà expatrié, et ayant été toute sa vie à notre service, il ne peut être considéré comme émigré. Je vous aurai personnellement beaucoup d'obligation si vous voulez bien vous intéresser pour lui. Au comte de Cobenzl, Milan, 23 brumaire VI (13 novembre 1797) [L.A.S - Vienne, Archives d'Etat, publiée dans la Correspondance de l'impératrice Joséphine, 1782-1814, Paris, Payot, 1996, n° 63, p. 53] J'ai reçu, monsieur l'ambassadeur, la lettre aimable que vous m'avez fait l'amitié de m'écrire: j'aurais bien désiré pouvoir y répondre aussi longuement que je le voudrais, mais j'ai été prévenue trop tard du départ de l'officier que vous m'avez envoyé. Je suis on ne peut plus sensible au présent que veut bien me faire Sa Majesté. Je vous prie d'être auprès d'elle l'interprète de ma reconnaissance. J'ai fait passer à la femme de M. Hue la lettre que vous m'avez envoyée pour elle; soyez persuadé, monsieur l'ambassadeur, que je ferai pour M. Hue tout ce que je sais qui pourra lui être agréable. Je vous le recommande, il mérite vos bontés et votre intérêt. Je ne puis lui écrire pour le moment. Bonaparte fera pour M. Vincent tout ce que vous désirez, il s'en occupera à Rastatt. J'espère, monsieur l'ambassadeur, avoir le plaisir de vous voir dans cette dernière ville et pouvoir vous assurer de vive voix des sentiments d'amitié que vous m'avez inspirés. 1 - François Hue (1757 - 1819). Joséphine l'a connu en 1785, à l'époque où elle vivait à Fontainebleau, alors qu'il occupait les fonctions de greffier de la capitainerie des chasses du Roi. Il se rend célèbre en devenant le serviteur de Louis XVI au Temple. Maintenu au secret après l'exécution du roi, il est libéré en 1795 et mandé pour accompagner à Vienne Madame Royale, que le directoire a échangée contre les conventionnels détenus en Autriche. Il a épousé Madeleine-Henriette Hutin. 2 - Giuseppa Carcano, marquise Visconti di Borgorato (1760 - 1840), dont le mari fut l'ambassadeur de la République cisalpine auprès de la France de 1797 à 1802; Très considérée à Milan, elle inspira un grand amour à Berthier. 3 - Marzio Mastrilli, marquis de Gallo (1753 - 1833), diplomate napolitain, ambassadeur de son roi à la cour de Vienne, il participe pour le compte de l'empereur aux négociations de Leoben et Campoformio. 4 - Johann Gabriel marquis von Merveldt de Courelles (1763 - 1825), natif de Mons dans les Pays-Bas autrichiens, étudie à Metz et à Vienne, participe à la dernière guerre austro-turque (1788-1791). De 1792 à 1794, il sert dans le génie; en 1795, il gagne ses galons de colonel en libérant Mayence; en 1797, il participe aux négociations de paix avec Bonaparte, tant à Loeben, Campoformio que Rasttat. 5 - Ignace Degelmann, colonel baron, ambassadeur autrichien à Bâle, membre de la délégation autrichienne chargée de négocier le traité de Campoformio. 6 - Nicolas-Charles, baron de Vincent (1757 - 1834), noble lorrain attaché à la Maison d'Autriche, colonel, adjudant-général de cavalerie, membre de la commission militaire nommée par l'empereur, en 1798 pour "ramener aux principes de leur constitution" les troupes impériales, aide de camp de l'empereur, il participe aux négociations de Loeben.
gravure
Portrait de Pauline Laurette Lecouteulx du Molay
1796
Fille des derniers propriétaires avant l’impératrice Joséphine, Pauline Laurette Lecouteulx (1776-1802) passe une partie de son enfance à Malmaison en compagnie de son frère Félix. Leur père, Jacques Jean Lecouteulx, est l’un des plus riches banquiers du temps, tandis que leur mère, Geneviève Sophie, y reçoit de prestigieux invités. En 1796, la famille commande plusieurs portraits dessinés à Jacques Antoine Marie Lemoine, un artiste comme elle d’origine rouennaise. Le portrait de Jacques Jean est entré dans les collections de Malmaison en 1935 tandis que celui de sa fille a été préempté par le musée en 2016. Pauline, dite Laurette, est représentée à l’âge de vingt ans, l’année de son mariage avec le marquis de Noailles, et trois ans avant que son père ne se sépare de Malmaison. Elle porte une chemise à la reine et une exubérante coiffe de plumes. Pour lui donner l’air plus vivant, ses lèvres et ses joues ont été légèrement relevées à la sanguine, et ses pupilles rehaussées de gouache noire, sans doute par un autre artiste que Lemoine. Pauline Lecouteulx disparaît prématurément en 1802 après avoir donné naissance à son fils unique, Paul. Ce dernier conservera toute sa vie son portrait dessiné en souvenir.
cadre
Cadre renfermant des plantes de Sainte-Hélène
Acquis en vente publique avec préemption
Ce cadre renferme un ensemble de modestes graminées ainsi qu’une tige qui serait, selon l’étiquette collée au dos du cadre, une petite branche de saule (qui semble, hélas, avoir perdu ses feuilles). Ces végétaux furent prélevés à Sainte-Hélène, près de la tombe de Napoléon, par le prince de Joinville, à l’occasion de l’expédition du Retour des Cendres. L’inscription qui l’accompagne est datée du 15 octobre 1840, date précise de l’exhumation du cercueil, suivie de la découverte du corps de l’Empereur, presque intact. De nombreux souvenirs furent rapportés de l’île et ce, bien des années encore après le départ de son hôte le plus célèbre ; parmi ces objets souvent très modestes les végétaux tiennent une place importante : au premier rang, tout naturellement, les feuilles, voire les boutures du saule ombrageant la tombe ; ce furent aussi souvent de simples feuilles ou branches d’autres plantes, tant le pouvoir d’évocation de leur origine était fort. Ce petit cadre proviendrait, selon le catalogue d’une vente antérieure, des collections du duc de Massa ; peut-être s’agit-il d’André Philippe Alfred, troisième duc de Massa (1837-1913) grand amateur de musique, qui possédait, notamment, la partition imprimée de Dalayrac, La jeune Prude, ou Les Femmes entre elles (Malmaison, inv.M.M.40.47.8453), ouvrage dédié à l’impératrice Joséphine (le premier plat de reliure portant cette dédicace).
Peinture
Napoléon Ier dictant ses mémoires aux généraux Montholon et Gourgaud en présence du grand-maréchal Bertrand et du comte de Las Cases
Vers 1840 Achat en vente publique avec préemption
Élève de François-André Vincent, Jean-Baptiste Mauzaisse débuta au Salon en 1808 ; il y obtint un succès considérable en 1812, avec son tableau L’Arabe pleurant son coursier (Angers, musée des Beaux-Arts). Il reçut de nombreuses commandes pour le Louvre sous la Restauration et en reçut également pour Versailles sous la monarchie de Juillet. Il réalisa aussi plusieurs œuvres à sujet napoléonien : un portrait en buste de l’Empereur, pour les collections du duc d’Orléans, futur Louis-Philippe (œuvre non localisée) ; un Napoléon ; tableau allégorique (Salon de 1833) représentant Napoléon couronné par le Temps écrivant le code civil (Malmaison) ; Napoléon sur son lit de mort (18433) (Malmaison) ; un Napoléon à Sainte-Hélène, récemment acquis par le musée du château de Fontainebleau. On aperçoit, par la fenêtre ouverte, une échappée sur les rochers de l’île et une sentinelle anglaise en uniforme rouge ; au côté de Napoléon, ses quatre principaux compagnons d’exil écrivent (Gourgaud et Montholon), méditent ou lisent (Bertrand et Las Cases). L’œuvre s’inscrit dans la droite ligne des portraits de l’Empereur au travail ; le plus fameux est le tableau peint par David en 1812 (Washington, National Gallery), mais il faudrait se garder de négliger le portrait (partiellement détruit) par Garnier (1808) ou, dans une autre technique, la statuette de Moutony (1810). L’apparition de cette petite esquisse dans la vente de la collection Forbes était une opportunité pour Malmaison ; en effet, l’œuvre définitive est conservée au Musée napoléonien de l’île d’Aix (donation Gourgaud); elle était longtemps restée anonyme, jusqu’à ce que sa signature et la date de 1841 fussent révélées par une récente restauration (2009). L’esquisse trouvera tout naturellement sa place à Malmaison parmi les œuvres consacrées à l’exil de Napoléon à Sainte-Hélène. L’un des principaux artistes de la légende napoléonienne sort ainsi de l’ombre, toile après toile.
Peinture
Clémence de Napoléon envers mademoiselle de Saint-Simon
1825 Achat en vente publique avec préemption
Cette petite toile fut exécutée pour illustrer le livre d’Auguste Pelletier de Chambure Napoléon et ses contemporains, qui parut en livraisons de 1824 à 1827 ; chaque chapitre de cet ouvrage est orné d’une gravure, exécutée d’après un modèle dû à l’un des jeunes peintres de l’époque (Nicolas Toussaint Charlet, Achille Devéria, Ary Scheffer, Charles de Steuben ou Eugène Lami) et raconte une anecdote dans laquelle l’Empereur fait preuve de clémence ou de générosité. Il faut alors lutter contre l’image, répandue par la propagande royaliste, de l’ « ogre de Corse », assassin du duc d’Enghien et de toute une génération de soldats à travers l’Europe (cf. catalogue de l’exposition Les Clémences de Napoléon, l’image au service du mythe, Boulogne-Billancourt, Bibliothèque Marmottan, 2004-2005). L’anecdote à l’origine de ce petit tableau est rapportée par Constant, premier valet de chambre de l’Empereur, dans ses mémoires : « Le marquis de Saint-Simon, émigré français, était au service d’Espagne depuis l’émigration ; il avait le commandement d’une partie de la capitale [Madrid]… ; il résista longtemps après que tous les autres chefs se furent rendus. L’Empereur, impatienté... donna l’ordre d’une charge vigoureuse dans laquelle le marquis fut fait prisonnier. Dans sa mauvaise humeur, l’Empereur le renvoya devant une commission militaire, qui le condamna à être fusillé. L’arrêt allait recevoir son exécution, quand mademoiselle de Saint-Simon, jeune personne charmante, vint se jeter aux genoux de Sa Majesté, qui lui accorda aussitôt la grâce de son père » (Mémoires intimes de Napoléon Ier par Constant son valet de chambre, Paris, Mercure de France, Le Temps retrouvé, 1967 p.340). C’est ce moment qu’a choisi l’artiste. L’officier d’ordonnance de l’Empereur, accompagné d’un gendarme, s’apprête à relever la jeune-fille. Les tableaux réunis par Chambure furent vendus (avec succès) en mars 1830, après avoir été exposés trois jours au public, ravi de cette occasion de voir des œuvres naguère interdites d’exposition. Le musée napoléonien de l’île d’Aix possède déjà trois petits tableaux réalisés comme modèle (deux de Charles de Steuben, Bonaparte remettant à Eugène l’épée de son père et Clémence de Napoléon Ier envers Mme Foulon de Grandchamp et un de Francisque Martin François Grenier de Saint-Martin, Napoléon recevant une pétition d’un soldat). Malmaison possède un exemplaire du Portrait de Napoléon Ier par Steuben qui servit de modèle pour le frontispice de l’ouvrage et fut répété par l’artiste (don de Mme Colette Colonna, 2013). L’acquisition de ce petit tableau de Lami vient compléter heureusement cette série.
Vaisselle
Deux assiettes du service à dessert du prince Eugène
Manufacture de Dihl et Guérhard vers 1811
A la suite de l’impératrice Joséphine, qui commanda après son divorce, un important service à la manufacture de Dihl et Guérhard, le prince Eugène commanda un service semblable mais plus restreint, composé comme celui de sa mère d’assiettes à tableaux et d’assiettes dorées en plein à son chiffre. Après la mort de l’Impératrice, les deux services sont réunis par son fils, dans son palais à Munich. Depuis 1983, le musée de Malmaison s’attache à rassembler les pièces de ces deux services, envoyées en Russie en 1839, pour le mariage du fils d’Eugène de Beauharnais, Maximilien de Leuchtenberg avec la grande duchesse Maria Nicolaïevna, fille du tsar Nicolas Ier. Grâce à ces deux dernières acquisitions, faites à près d’un an d’intervalle, le musée conserve aujourd’hui six assiettes au chiffre d’Eugène et six aux armes de l’impératrice Joséphine, atteignant ainsi l’objectif qu’il s’était fixé depuis plusieurs années. Achats en vente publique avec préemption
Peinture
Portrait de Jean-Baptiste Pierron
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Les portraits des protagonistes de l'exil de Napoléon sont en très petit nombre, si l'on en excepte les principaux mémorialistes : le Grand-Maréchal Bertrand, le général Gourgaud, Montholon ou Las Cases. Ainsi on ne connait qu'un portrait lithographié du médecin Antommarchi. Jean-Baptiste Alexandre Pierron (1790-1876) fut, tout d'abord, chef d'office à l'île d'Elbe, avant de suivre Napoléon en exil : il assuma de nombreuses fonctions, notamment à la mort du maître d'hôtel Cipriani en 1816. Il resta sur place jusqu'à la mort de l'Empeureur et revint en 1840, pour le retour des cendres. Il fut le dernier compagnon de Sainte-Hélène à disparaitre. Ce portrait est accompagné de son pendant, celui de son frère Auguste, né à Paris en 1786 et mort à Vienne en 1824.
Vaisselle
Deux assiettes du service à dessert de l’impératrice Joséphine et du prince Eugène
1811 pour l’assiette de l’impératrice Joséphine et vers 1811 pour celle du prince Eugène
Après son divorce en 1809, l’impératrice Joséphine commanda un important service de 213 pièces, à la manufacture parisienne de Dihl et Guérhard. Son fils Eugène en commanda un également, mais de seulement 94 pièces. Ces services, très richement décorés, se composent d’assiettes à tableaux et d’assiettes dorées en plein. Après la mort de l’Impératrice, les deux services sont réunis par son fils, dans son palais à Munich. Depuis 1983, le musée de Malmaison s’attache à réunir les pièces de ces deux services, envoyées en Russie en 1839, pour le mariage du fils d’Eugène de Beauharnais, Maximilien de Leuchtenberg avec la grande duchesse Maria Nicolaïevna, fille du tsar Nicolas 1er. Si plusieurs éléments sont toujours conservés au musée de L’Ermitage de Saint-Petersbourg, une partie s’est retrouvée sur le marché de l’art, en raison des ventes organisées entre les deux guerres par Staline. Tel est le cas pour ces deux assiettes dorées en plein, ornées pour l’une des armes de l’Impératrice et pour l’autre du chiffre d’Eugène. Aujourd’hui, grâce à l’acquisition de ces deux pièces, le musée possède quatre assiettes au chiffre d’Eugène et six aux armes de l’impératrice Joséphine.
Sculpture
Galate, dit Le Gladiateur mourant, d’après l’antique
XIXème siècle
D’après l’inventaire après décès de l’impératrice Joséphine dressé en 1814, on trouvait dans le salon de musique du château de Malmaison « Une figure en marbre blanc de moyenne proportion représentant un gladiateur mourant, réduction de l’antique qui est conservé au Musée de France [...] ». Cette sculpture est également reconnaissable sur l’aquarelle de Garnerey représentant le salon de musique en 1812, placée sur l’un des coffrages soutenant des colonnes d’acajou livrées par les frères Jacob. L’original de cette sculpture est un antique des musées du Capitole à Rome, très admiré au XVIIIè siècle et copié en marbre ou en bronze, en différentes grandeurs. On connaît la réduction exécutée par Pierre Julien (1731-1804) pour le président Antoine Louis Hyacinthe Hocquart, entre 1769 et 1772 (musée du Louvre, déposée au musée Crozatier, Le Puy). L’oeuvre antique figura au Louvre sous l’Empire ; aussi n’est-il pas étonnant d’en trouver une petite copie dans le salon de musique de Malmaison, à proximité des collections d’antiques présentées dans la galerie voisine. Cet exemplaire est un équivalent du petit marbre qui se trouvait à Malmaison.
Peinture
Vue du château de Vufflens, du lac, de la côte de la Savoye couronnée par le Mont Blanc, prise au signal de Monnanz au pays de Vaud
1806
Le 30 octobre 1810, le peintre vendit à l’Impératrice ce tableau ainsi qu’un autre intitulé Les Petits Savoyards (localisation actuelle inconnue). L’Impératrice ne limita pas là ses achats auprès de l’artiste ; au printemps 1813, on sait que celui-ci travaillait à divers tableaux qui lui avaient été commandés par elle, mais qu’il ne put livrer, en raison d’une grave maladie, avant la mort de Joséphine en mai 1814 (il vendit ces tableaux dès 1815 à un client anglais). La curiosité de Joséphine pour les peintres suisses semble s’être éveillée avec son voyage dans ce pays en 1810, mais on doit constater que quelques pièces étaient déjà venues enrichir sa collection, notamment des œuvres peintes sur porcelaine (Henri Albert Adam) ou sur émail (Abraham Constantin) ; par la suite, ce furent essentiellement des paysages qui vinrent les rejoindre, œuvres de Jean-Antoine Linck (5), Wolfgang Adam Töpffer (5), Charles Joseph Auriol (1). Tout ceci constituait un petit groupe helvétique, de même que l’on pouvait voir à Malmaison de nombreuses œuvres d’artistes belges (et, particulièrement, anversois) ; Joséphine encourageait ainsi les jeunes artistes des pays placés sous la domination ou l’influence de la France. Ce tableau ne semble pas avoir jamais figuré à Malmaison : il n’est compris ni dans le catalogue de ses collections de peinture, imprimé en 1811, ni dans l’inventaire dressé sur place après son décès en 1814 (publié par Serge Grandjean en 1964) ; en revanche on le retrouve dans l’inventaire du château de Navarre, près d’Évreux, que Napoléon lui avait donné après le divorce (Archives nationales, Minutier central des Notaires parisiens, LXVIII/776) : « Tableaux à l’huile [...] Chambre à coucher de l’Impératrice 322 Tableaux de La Rive : vue du mont blanc, deux tableaux de paysages prisé le tout six cent soixante francs » Il faut noter que le nom de De La Rive est l’un des très rares noms de peintres cités par le notaire ; il fallait que, dans le personnel du château, tout le monde sût à quoi s’en tenir quant au tableau qui ornait la chambre de la maîtresse de maison. Cette position privilégiée avait un écho à Malmaison, où Joséphine avait fait accrocher dans sa chambre de spectaculaires bouquets de fleurs, dûs au pinceau de Redouté.
Livre
Figures and mosaic pavements discovered at Hortstow in Lincolnshire
1801
En 1797, à l'occasion de travaux de terrassements, on découvrit dans une petite localité du Nord-est de l'Angleterre, Horkstow (Lincolnshire), trois grands fragments d'une mosaïque romaine du IVè siècle à sujets mythologiques (conservés aujourd'hui au Hull's Archaeological Museum à Kingston-upon-Hull-Yorkshire de l'Est). Samuel Lysons s'était adonné aux fouilles et produisit cette rare description des mosaïques. Le volume contient sept planches et vues gravées à l'aquatinte et coloriées avec soin. Il s'agit, selon le Journal général de littérature étrangère ou indicateur bibliographique de messidor an X (1802) de la "première livraison d'un ouvrage beaucoup plus étendu, qui contiendra les figures et monuments romains les plus célèbres qui se trouvent dans la Grande Bretagne". Suit la description des planches, des mosaïques en particulier, où l'on reconnait entre autres Orphée jouant de la lyre, des bacchantes et une course de char. L'ouvrage "éxécuté avec goût et magnificence, fera l'ornement des bibliothèques". Il n'est pas surprenant de le trouver dans celle de Joséphine à Malmaison, où elle réunit une célèbre collection d'antiques, dont une grande mosaïque découverte à Capri, donnée par le roi de Naples en 1802. Bien que non repérable dans l'inventaire dressé à la mort de l'Impératrice en 1814, l'ouvrage fut vendu en 1815, comme le signale une mention manuscrite sur la page de garde. Une vente de livres fut en effet organisée en septembre ou octobre de cette année-là par Etienne Soulange-Bodin, intendant du prince Eugène, propriétaire de Malmaison, réfugié à Munich.
Décor
Quatre fragments de papier peint provenant de Malmaison
Entre 1800 et 1812
Ces fragments de papier peint, montés dans un cadre, ont été réunis par un peintre d'histoire, Théophile Poilpot, (1845-1915). Renommé en son temps pour ses panoramas, Poilpot avait son atelier tout proche de Malmaison, de l'autre côté de la Seine, installé dans l'ancienne chapelle Saint-Léonard de Croissy. Une des annotations sur le montage indique à propos du fragment provenant de la "Chambre de l'impératrice Joséphine à Malmaison" : "papier peint qui m'a été donné par le gardien / 6 9bre 1898". A cette date le château, racheté par Daniel Iffla dit Osiris en 1896, était en plein travaux de restauration. Les années 1898-1899 furent justement consacrées au premier étage où se trouve l'appartement de l'impératrice. En 1900 tout était presque achevé. Osiris lui-même n'hésitait pas à gratifier ses visiteurs d'éléments de décor en guise de souvenirs. La restitution des décors constitue la partie la plus visible de ces travaux. Le peintre Marcel Jambon (1848-1908), spécialisé dans les décors d'opéra et de théâtre, fut chargé de la partie décorative et remplaça bien souvent des décors de papier peint par des décors peints. Le fragment représentant une frise de marguerites dans la chambre à coucher ordinaire, que l'on prenait alors pour celle de Napoléon (comme le mentionne le croquis) a bien été reproduit par le peintre décorateur en 1900. Quant aux fragments de papier à rayures, on retrouve des vestiges de celui de "l'armoire à robes" dans les parties situées derrière la rotonde de la chambre de l'Impératrice, mais plus aucun des fragments de la "chambre de l'Impératrice" ni de "l'armoire où se trouvait le coffre-fort". Ces fragments sont essentiels pour la connaissance des décors de Malmaison ; ils viennent confirmer la présence de papier peint au premier étage. Les comptes de Malmaison donnent le nom de Charles Simon, célèbre fabricant pour la période des premiers aménagements, en 1800. Mais il n'est pas impossible que des papiers peints aient été posés du temps des propriétaires qui ont possédé Malmaison après la mort de l'Impératrice. L'analyse stylistique de ces fragments les situent cependant parfaitement à l'époque de Joséphine.
Livre
Les Epigrammes de Martial 1655
1655- reliure postérieure Porte le chiffre PB (Bonaparte) et le cachet de la bibliothèque de Malmaison
Oeuvre d'un célèbre poète, Martial, les Epigrammes, en deux volumes, dépeignent la société romaine de son temps. Ils témoignent de la composition de la bibliothèque de Malmaison, où la littérature ancienne occupait une place importante. Don de la société des amis de Malmaison